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Sardaigne NE : l’archipel de la Maddalena

En novembre 2017, nous sommes partis 10 jours en Sardaigne dans l’idée de naviguer dans l’archipel de la Maddalena. Cette randonnée en kayak de mer fait suite à notre 1er périple en Sardaigne Est, en juin 2017.

Le granit sous forme de taffoni (cavités) façonne l’archipel

Parti de Livourne (Italie), notre ferry nous a débarqués à Golfo Aranci, près d’Olbia. Accueillis dans une atmosphère très fraiche, 6-7°c !, nous avons vite déchanté. Le temps s’est avéré humide, frais et venté pendant tout notre séjour. Les prévisions météo, prises les jours précédant notre arrivée, ont brusquement changé. Il a fallu renoncer à un séjour « tout en kayak » pour panacher avec des jours à terre. Au final, nous n’avons fait qu’une virée de 3 jours en kayak, et encore en étant bloqués à terre le 2è jour !

Voici le récit de cette virée de 3 jours dans l’archipel de la Maddalena. Il nous a permis d’avoir un aperçu hors saison de cet archipel tant convoité.

Extrait de la Navicarte N°1008 Propriano bonifacio maddalena

Spargi

Le jeudi 9 novembre 2017, nous embarquons à Palau pour 3 jours de navigation selon les prévisions météo.

Palau, point d’embarquement

Après avoir longé la côte jusqu’à la Punta Sardegna, on met le cap sur Spargi.

Spargi

On repère au sud une magnifique plage avec un abri sous roche, il pourra être utile en cas de pluie.

Cala Corsara

On démarre le tour de l’île par l’Est, la mer est calme et la côte protégée dévoile quelques belles plages de sable.

Côte Est de Spargi, en arrière plan les sommets enneigés de la Corse sud !

Puis au nord-est de l’île, la côte s’élève et devient rocheuse, la présence d’une petite houle  nous surprend ! On contourne pour passer sous l’isola Spargiotto, le vent est modéré, 3-4 Bft, mais la mer est houleuse.

On boucle le tour de Spargi pour rejoindre la cala Corsara repérée plus tôt. On s’installe sous le rocher et on se baigne avant la nuit, eh oui même en novembre ! 😉

En soirée la pluie et le vent rafraîchissent l’atmosphère, mais les prévisions météo nous laissent confiants pour le lendemain.

Bloqués à Spargi !

Le vendredi 10 novembre au matin, le temps a changé et les prévisions aussi ! Gros vent d’ouest, pas question de bouger. On avait pourtant tout replié, prêts à partir, mais il a fallu se résigner, la mer est très agitée dès le matin à l’Est de l’île.

Bivouac sous taffoni, cavité dans le granit rose

Nous allons rester sous notre rocher, bien à l’abri de la grosse pluie qui va tomber toute la journée et du vent 6 Bft qui ne mollira pas. En fin de journée, nous avons fait une petite sortie à terre vers la plage du sud-ouest. C’est un crève-cœur de découvrir sur le sable les traînées de particules de plastique que la mer vient rejeter.

Plastique en décomposition : particules de toutes tailles

A terre, il n’est pas possible d’aller bien loin car le maquis barre l’accès à cette île sauvage et inhabitée. En fin de journée, une éclaircie dévoile le coucher de soleil.

Eclaircie pour le coucher de soleil sur cala Corsara

Enfin les îles !

Le ciel reste mitigé, assez gris, mais il y a peu de vent, 2-3 Bft. On peut mettre le cap sur Budelli ! Une grosse journée de navigation nous attend, bien méritée. En effet, depuis Spargi nous pouvons envisager cette longue journée de 20 milles pour rejoindre Palau.

Spargi, côte nord-est

On rencontre à nouveau cette houle d’ouest entre Spargi et Budelli, elle gonfle en s’engouffrant entre ces 2 îles qui font un goulet sur des fonds qui remontent. Annoncée 0,5 m par les prévisions, elle est plutôt de 1,5 m dans cette passe.

Cap sur Budelli

Après une pause sur la plage sud, on rejoint la fameuse « plage rose », totalement interdite d’accès par la terre comme par la mer, pour en protéger son beau sable. Un gardien est présent dans sa petite maison en arrière de la plage. Nous sommes dans le Parco Nazionale dell’Arcipelago di La Maddalena.

Budelli ouest, entrée du « lagon »

On continue à longer l’Est de Budelli, surtout rocheux, pour rejoindre le « lagon », cette surface protégée entre les 3 îles : Budelli, Razzoli et Santa Maria. La mer dévoile des teintes turquoise mais il n’y a pas assez de soleil pour observer l’explosion de couleurs que l’on devine. Nous avons le privilège d’être seuls au cœur de cet ensemble d’îles sauvages et inhabitées, et tant convoitées par les bateaux en saison.

Isola Corcelli, cala Ponente

On continue sur Santa Maria, à l’Est, puis les îles à l’extérieur, pour revenir sur Punta Marginetto, au nord de Maddalena.

Punta Marginetto, au fond la Caprera

On passe entre Maddalena et Caprera, sous le pont, et retour à Palau dans la fraîcheur et l’humidité. Maddalena est très urbanisée et les ferrys entre l’île et le continent sont incessants.

Ile Maddalena

Conclusion

Cette virée ne nous a donné qu’un aperçu de l’archipel, il est évident qu’il y a là un potentiel à explorer en kayak en faisant le tour de toutes ces îles fascinantes. Plus largement, il y a dans cette zone un très beau site de navigation : les Bouches de Bonifacio, les Lavezzi et la Corse sud… Mais toute la zone est fréquentée en saison et nécessite de bonnes conditions météo, pas trop venté et sous le soleil pour en apprécier toutes les teintes !

Sardaigne Est (8) : fin !

Lors de notre 1ère virée en Sardaigne en juin 2017, nous avons parcouru la côte Est pendant 15 jours en kayak de mer. Nous nous sommes régalés d’un environnement de rêve, et d’une nature encore sauvage. Mais la côte sarde est convoitée et pour bien préparer une randonnée en kayak de mer, nous vous proposons nos itinéraires et nos conseils.

L’île Tavolara

Voici la liste des articles parus :

Prochaine aventure : la Sardaigne on a aimé, on va continuer ! Vers le nord-est 
c'est l'archipel de La Maddalena qui nous attire. Des îles, encore des îles... 
... à suivre bientôt !

Sardaigne Est (7) : faune et flore

Texte et photos : Laurent Malthieux


Notre itinérance en kayak sur la côte Est de la Sardaigne, du Cap Figari à Santa Maria Navarrese, nous a permis d’observer un bon nombre d’espèces, dont certaines remarquables !

Rapaces

Faucon d’Eléonore

Les falaises d’Orosei accueillent une vedette du monde des rapaces : le faucon d’Eléonore (Falco eleonorae).

Ce beau et rare faucon niche en peu d’endroits, sur les côtes et ilôts rocheux du bassin méditerranéen. La Sardaigne accueille environ 400 couples pour une population italienne de 600 couples et mondiale de 6000.
Sur la portion de côte du golfe d’Orosei, nous avons pu observer une trentaine de couples, particulièrement autour de Cala Sisine et du Capo del monte Santo.

Une fois posé en falaise, il devient difficile de localiser le faucon d’Eléonore tant sa robe grise et rousse se confond avec les couleurs environnantes.

Faucon d’éléonore (falco eleonorae), forme claire, sur son site de reproduction.

Le faucon d’Eléonore a été nommé d’après Giudicessa Eleonora de Arborea (1350-1404), une princesse guerrière sarde qui a créé les premières lois pour la protection des oiseaux de proies en Europe.

En ce mois de juin, les premiers oiseaux, tout juste revenus sur les colonies de reproduction, reprennent possession de leurs sites de nidification. Ce faucon niche de manière retardée par rapport à la majorité des espèces afin de profiter des flux de passereaux migrateurs longeant les côtes à l’automne, dont ils nourrissent leurs jeunes.
Alors que ces passereaux vulnérables volent au dessus des flots, les faucons installés à l’affût sur les falaises leur fondent dessus, laissant peu de chances aux infortunés oiseaux.

En savoir plus : fiche descriptive de l’espèce et les dernières découvertes sur la migration extraordinaire de ce mystérieux rapace.

Faucon pèlerin

Le faucon pèlerin est présent partout sur les côtes rocheuses. Que ce soit sur Orosei ou sur le Capo Figari, les falaises calcaires s’animent des cris perçants et des acrobaties incessantes des jeunes juste volants qui quémandent bruyamment leur nourriture aux adultes.

Jeune faucon pèlerin (Falco peregrinus) posé sur un genévrier thurifère, falaises d’Orosei.

Flore

La végétation côtière sur ce 41ème parallèle nous rappelle la proximité des côtes d’Afrique du nord par la présence de quelques espèces bien caractéristiques.

A ce titre, les ourlets de palmiers nains des côtes basses rocheuses, sont les plus remarquables.

Palmier nain (Chamaerops humilis) sur la Punta Nera.

Le genévrier thurifère est l’arbre souverain, il offre un ombrage bienvenu en bord de plage. De superbes spécimens tortueux font le spectacle dans les falaises d’Orosei.

Genévrier thurifère (Juniperus thurifera).

Les hauts de plage sableux présentent de beaux peuplements de panicauts maritimes et d’immortelles côtoyant des tapis de boules de racines de posidonies.

Eryngium maritimum

Impossible de passer à côté des énormes bulbes de scilles de mer affleurant la surface du sol (très abondants sur Molara). Développant ses feuilles au printemps, la tige fleurit, seule sur le bulbe, à l’automne, atteignant plus d’un mètre de hauteur. Attention, la belle est irritante.

Oiseaux de mer

Côté ornithologie, on retrouve ici les espèces typiques et communes des bords de mer méditerranéens  : cormorans de Desmaret et goélands leucophées.

Cormoran de Desmaret (Phalacrocorax aristotelis desmarestii) adulte.

Cormoran de Desmaret (Phalacrocorax aristotelis desmarestii) juvénile.

Goéland leucophée (Larus michahellis).

Goéland d’Audouin

Le goéland le plus rare d’Europe (19 000 couples en méditerranée dont 16 000 en Espagne), le goéland d’Audouin (larus audouinii), est ici bien présent.

Une colonie d’une vingtaine de couples nicheurs, avec leurs poussins, sur Molara, nous a offert de beaux moments en leur compagnie.

Goéland d’Audouin (Larus audouinii) adulte.

A Orosei, au Capo del monte santo, 4 ou 5 couples nichent au milieu des leucophées.
Ce beau petit laridé est présent aussi de manière isolée (1 ou 2 individus) tout le long du parcours, de Santa Lucia à Santa Maria Navarese.

L’espèce est assez facile à repérer grâce à son cri, que l’on peut situer entre la bernache nonette et la mouette tridactyle.

Ardéidés

La Sardaigne accueille dans ses zones humides de belles populations d’ardéidés nicheurs. Ainsi, notre parcours a été agrémenté de belles observations d’aigrettes garzettes, ainsi que d’un superbe crabier chevelu en maraude.

Crabier chevelu (Ardeola ralloides).

Sternes

Quelques couples de sternes pierregarins nichent, en compagnie des leucophées et audouins, dans les ilôts et gros blocs de granit rose du nord du Capo Ceraso. Un petit air de Bretagne nord…..

Sterne pierregarin

Puffin Yelkouan

Enfin, finisssons cet inventaire par la star incontestée de ce secteur : le puffin Yelkouan (Puffinus yelkouan). L’île de Tavolara est une zone majeure pour la conservation de l’espèce. Avec environ 12 000 couples nicheurs, l’île accueille entre 1 à 2 tiers de la population mondiale.

Il est possible d’apercevoir ces beaux voiliers vadrouillant autour de Molara/Tavolara ou encore dans l’entrée du golfe d’Olbia, en particulier en soirée. Chaque bivouac dans le secteur Molara-Figarolo aura été animé des chants énigmatiques du puffin yelkouan. Ces oiseaux, piètres marcheurs, ne viennent à terre qu’à la faveur de l’obscurité pour ravitailler leur poussin ou assurer la relève de l’adulte couveur.
La fréquentation des îles et l’étrange concert nocturne seront d’autant plus intenses que la nuit sera sombre (absence de lune ou/et ciel couvert).

Un programme Life (volet italien) a été mis en place dans toute la Méditerranée pour la conservation de cette espèce.
Une campagne d’éradication des rats noirs a été conduite en 2008 sur Molara, cette espèce exerçant une trop forte prédation sur les couvées des puffins.

Toutes ces mesures profitent aussi à la deuxième espèce de puffin présente en ces lieux : le puffin de scopoli (Calonectris diomedea diomedea), que nous aurons pu observer autour de Molara ou en entrée du golfe d’Olbia.
Le spectacle, trop rare, de ce superbe grand puffin déambulant au ras des flots, sans un seul battement d’ailes, est un délice pour le kayakiste de mer.

Mammifères

En ce qui concerne les mammifères, le site de l’île de Figarolo tient le haut du pavé.

Mouflons

Quelques mouflons de Corse habitent les versants rocheux de l’île Figarolo.

Mouflon de corse (ovis gmelini musimon), jeune mâle, Figarolo.

Grands dauphins

Autour de l’île, c’est un groupe de grands dauphins, habitué des lieux, qui tient la tête d’affiche.

Ce groupe de dauphins a élu domicile ici car il profite de la présence d’une ferme aquacole. La nourriture distribuée aux poissons d’élevage nourrit aussi les sauvages qui se tiennent sous les filets, attirant donc aussi leurs prédateurs : les dauphins.

Ils sont tellement routiniers qu’une importante activité commerciale d’observation de ce groupe s’est développée au départ de Golfo Aranci ou Olbia.

En fin de soirée, lorsque toute cette agitation cesse, ces charmantes bestioles nous offrent même le luxe d’une représentation magistrale de sauts, courses, virages et jeux en surface, à un jet de pierre des côtes !

Reptiles

La Sardaigne abrite aussi quelques belles spécialités herpétologiques, tels les lézards tyrrhéniens (podarcis tiliguerta) et lézards des ruines (podarcis siculus).

Lézard thyrrénien (Podarcis tiliguerta), mâle.

Faune sous marine

Les îles de Molara-tavolara s’inscrivent dans une aire marine protégée, en conséquence la faune sous marine y est fournie et permet de superbes balades en palme-masque-tuba, l’abondance de la grande nacre y étant assez surprenante.

Conclusion

Malgré une pression touristique importante, la Sardaigne propose un bel ensemble d’espèces typiquement méditerranéennes, dont quelques raretés.
Une belle destination, à longueur d’année, pour les naturalistes !