Archives de catégorie : Environnement

Sardaigne Est (7) : faune et flore

Texte et photos : Laurent Malthieux


Notre itinérance en kayak sur la côte Est de la Sardaigne, du Cap Figari à Santa Maria Navarrese, nous a permis d’observer un bon nombre d’espèces, dont certaines remarquables !

Rapaces

Faucon d’Eléonore

Les falaises d’Orosei accueillent une vedette du monde des rapaces : le faucon d’Eléonore (Falco eleonorae).

Ce beau et rare faucon niche en peu d’endroits, sur les côtes et ilôts rocheux du bassin méditerranéen. La Sardaigne accueille environ 400 couples pour une population italienne de 600 couples et mondiale de 6000.
Sur la portion de côte du golfe d’Orosei, nous avons pu observer une trentaine de couples, particulièrement autour de Cala Sisine et du Capo del monte Santo.

Une fois posé en falaise, il devient difficile de localiser le faucon d’Eléonore tant sa robe grise et rousse se confond avec les couleurs environnantes.

Faucon d’éléonore (falco eleonorae), forme claire, sur son site de reproduction.

Le faucon d’Eléonore a été nommé d’après Giudicessa Eleonora de Arborea (1350-1404), une princesse guerrière sarde qui a créé les premières lois pour la protection des oiseaux de proies en Europe.

En ce mois de juin, les premiers oiseaux, tout juste revenus sur les colonies de reproduction, reprennent possession de leurs sites de nidification. Ce faucon niche de manière retardée par rapport à la majorité des espèces afin de profiter des flux de passereaux migrateurs longeant les côtes à l’automne, dont ils nourrissent leurs jeunes.
Alors que ces passereaux vulnérables volent au dessus des flots, les faucons installés à l’affût sur les falaises leur fondent dessus, laissant peu de chances aux infortunés oiseaux.

En savoir plus : fiche descriptive de l’espèce et les dernières découvertes sur la migration extraordinaire de ce mystérieux rapace.

Faucon pèlerin

Le faucon pèlerin est présent partout sur les côtes rocheuses. Que ce soit sur Orosei ou sur le Capo Figari, les falaises calcaires s’animent des cris perçants et des acrobaties incessantes des jeunes juste volants qui quémandent bruyamment leur nourriture aux adultes.

Jeune faucon pèlerin (Falco peregrinus) posé sur un genévrier thurifère, falaises d’Orosei.

Flore

La végétation côtière sur ce 41ème parallèle nous rappelle la proximité des côtes d’Afrique du nord par la présence de quelques espèces bien caractéristiques.

A ce titre, les ourlets de palmiers nains des côtes basses rocheuses, sont les plus remarquables.

Palmier nain (Chamaerops humilis) sur la Punta Nera.

Le genévrier thurifère est l’arbre souverain, il offre un ombrage bienvenu en bord de plage. De superbes spécimens tortueux font le spectacle dans les falaises d’Orosei.

Genévrier thurifère (Juniperus thurifera).

Les hauts de plage sableux présentent de beaux peuplements de panicauts maritimes et d’immortelles côtoyant des tapis de boules de racines de posidonies.

Eryngium maritimum

Impossible de passer à côté des énormes bulbes de scilles de mer affleurant la surface du sol (très abondants sur Molara). Développant ses feuilles au printemps, la tige fleurit, seule sur le bulbe, à l’automne, atteignant plus d’un mètre de hauteur. Attention, la belle est irritante.

Oiseaux de mer

Côté ornithologie, on retrouve ici les espèces typiques et communes des bords de mer méditerranéens  : cormorans de Desmaret et goélands leucophées.

Cormoran de Desmaret (Phalacrocorax aristotelis desmarestii) adulte.

Cormoran de Desmaret (Phalacrocorax aristotelis desmarestii) juvénile.

Goéland leucophée (Larus michahellis).

Goéland d’Audouin

Le goéland le plus rare d’Europe (19 000 couples en méditerranée dont 16 000 en Espagne), le goéland d’Audouin (larus audouinii), est ici bien présent.

Une colonie d’une vingtaine de couples nicheurs, avec leurs poussins, sur Molara, nous a offert de beaux moments en leur compagnie.

Goéland d’Audouin (Larus audouinii) adulte.

A Orosei, au Capo del monte santo, 4 ou 5 couples nichent au milieu des leucophées.
Ce beau petit laridé est présent aussi de manière isolée (1 ou 2 individus) tout le long du parcours, de Santa Lucia à Santa Maria Navarese.

L’espèce est assez facile à repérer grâce à son cri, que l’on peut situer entre la bernache nonette et la mouette tridactyle.

Ardéidés

La Sardaigne accueille dans ses zones humides de belles populations d’ardéidés nicheurs. Ainsi, notre parcours a été agrémenté de belles observations d’aigrettes garzettes, ainsi que d’un superbe crabier chevelu en maraude.

Crabier chevelu (Ardeola ralloides).

Sternes

Quelques couples de sternes pierregarins nichent, en compagnie des leucophées et audouins, dans les ilôts et gros blocs de granit rose du nord du Capo Ceraso. Un petit air de Bretagne nord…..

Sterne pierregarin

Puffin Yelkouan

Enfin, finisssons cet inventaire par la star incontestée de ce secteur : le puffin Yelkouan (Puffinus yelkouan). L’île de Tavolara est une zone majeure pour la conservation de l’espèce. Avec environ 12 000 couples nicheurs, l’île accueille entre 1 à 2 tiers de la population mondiale.

Il est possible d’apercevoir ces beaux voiliers vadrouillant autour de Molara/Tavolara ou encore dans l’entrée du golfe d’Olbia, en particulier en soirée. Chaque bivouac dans le secteur Molara-Figarolo aura été animé des chants énigmatiques du puffin yelkouan. Ces oiseaux, piètres marcheurs, ne viennent à terre qu’à la faveur de l’obscurité pour ravitailler leur poussin ou assurer la relève de l’adulte couveur.
La fréquentation des îles et l’étrange concert nocturne seront d’autant plus intenses que la nuit sera sombre (absence de lune ou/et ciel couvert).

Un programme Life (volet italien) a été mis en place dans toute la Méditerranée pour la conservation de cette espèce.
Une campagne d’éradication des rats noirs a été conduite en 2008 sur Molara, cette espèce exerçant une trop forte prédation sur les couvées des puffins.

Toutes ces mesures profitent aussi à la deuxième espèce de puffin présente en ces lieux : le puffin de scopoli (Calonectris diomedea diomedea), que nous aurons pu observer autour de Molara ou en entrée du golfe d’Olbia.
Le spectacle, trop rare, de ce superbe grand puffin déambulant au ras des flots, sans un seul battement d’ailes, est un délice pour le kayakiste de mer.

Mammifères

En ce qui concerne les mammifères, le site de l’île de Figarolo tient le haut du pavé.

Mouflons

Quelques mouflons de Corse habitent les versants rocheux de l’île Figarolo.

Mouflon de corse (ovis gmelini musimon), jeune mâle, Figarolo.

Grands dauphins

Autour de l’île, c’est un groupe de grands dauphins, habitué des lieux, qui tient la tête d’affiche.

Ce groupe de dauphins a élu domicile ici car il profite de la présence d’une ferme aquacole. La nourriture distribuée aux poissons d’élevage nourrit aussi les sauvages qui se tiennent sous les filets, attirant donc aussi leurs prédateurs : les dauphins.

Ils sont tellement routiniers qu’une importante activité commerciale d’observation de ce groupe s’est développée au départ de Golfo Aranci ou Olbia.

En fin de soirée, lorsque toute cette agitation cesse, ces charmantes bestioles nous offrent même le luxe d’une représentation magistrale de sauts, courses, virages et jeux en surface, à un jet de pierre des côtes !

Reptiles

La Sardaigne abrite aussi quelques belles spécialités herpétologiques, tels les lézards tyrrhéniens (podarcis tiliguerta) et lézards des ruines (podarcis siculus).

Lézard thyrrénien (Podarcis tiliguerta), mâle.

Faune sous marine

Les îles de Molara-tavolara s’inscrivent dans une aire marine protégée, en conséquence la faune sous marine y est fournie et permet de superbes balades en palme-masque-tuba, l’abondance de la grande nacre y étant assez surprenante.

Conclusion

Malgré une pression touristique importante, la Sardaigne propose un bel ensemble d’espèces typiquement méditerranéennes, dont quelques raretés.
Une belle destination, à longueur d’année, pour les naturalistes !

Norvège Sud (6) : la faune

Texte : Laurent Malthieux

La saison de reproduction est largement terminée à cette époque de l’année (août) et certains migrateurs, telles les sternes arctiques, ont déjà déserté les lieux.
Les anatidés (canards et oies) sont abondants avec une grande diversité d’espèces.

Eider à duvet

L’espèce phare de la Scandinavie, à savoir l’Eider à duvet (Somateria mollissima) est ici omniprésente, en particulier sur la première partie du parcours. La récolte de son précieux duvet sur les nids a encore lieu dans certains sites norvégiens, mais de manière anecdotique.

Eider à duvet, jeunes de l’année

Les innombrables ilots bas à végétation rase qui parsèment la côte lui offrent une multitude de possibilités de nidification. Nous aurons vu beaucoup de jeunes et femelles ainsi que quelques mâles en plumage d’éclipse.
Le plumage d’éclipse est un plumage plus mimétique, proche de celui des femelles, porté par les mâles en fin de saison de reproduction, à l’époque où la mue de toutes leurs plumes de vol (rémiges primaires) leur coupe toute possibilité de décollage.

Eider à duvet , femelle

Harle huppé

Le Harle huppé (Mergus serrator) est aussi abondant et facile à observer. De grands groupes familiaux (femelles avec jeunes) sont encore visibles ainsi que des groupes d’adultes.
Nous avons eu la chance d’observer un groupe d’une quinzaine d’adultes chassant les petits poissons dans une anse sableuse. Les oiseaux, en formation de battue, rabattaient littéralement les poissons dans le fond de l’anse avant de se jeter dessus comme des torpilles.

Groupe de Harles huppés

Bernaches nonettes

La Bernache nonette (Branta leucopsis) est une petite oie noire et blanche très photogénique. Les populations nicheuses se répartissent entre l’Est du groenland, le Svalbard et la Sibérie occidentale. Depuis les années 80, une population s’est établie dans les ilots de la mer baltique puis sur ces archipels du sud Norvégien.
Nous avons pu observer des familles (souvent le couple et 4 jeunes) très fréquemment sur notre première partie de parcours.

Bernaches nonettes, deux adultes

Bernaches nonettes : adultes et jeunes, noter la coloration plus grisâtre du masque facial de ces derniers.

Oies cendrées

Enfin l’Oie cendrée (Anser anser) est bien présente et facile à observer, à l’image de cet individu, sauvage mais peu farouche, observé à Homborsund fyr.

Curieuse et goûtant à tout…

Goélands

Tous ces ilots sont aussi largement habités par les goélands qui nichent ici en grande quantité : goélands argentés, bruns, marins et cendrés (Larus canus).

Un bon nombre d’ilots sont classés en réserve (débarquement interdit du 15 avril au 15 juillet, bivouac interdit en tous temps) afin d’assurer, entre autres, le succès de reproduction de ce petit goéland.

 

Panneau de réserve naturelle

 

Goéland cendré

Limicoles

Les limicoles sont aussi bien représentés, d’autant que la migration est largement entamée, et une grande diversité d’espèces fréquente les rivages tant rocheux que sableux. Chevaliers, courlis et bécasseaux se laissent observer à loisir.

Corneilles mantelées

Ah oui, la corneille ici elle est Mantelée, pas noire……

Corneille mantelée

Mammifères

Comparativement à l’Ecosse et au regard de la grande richesse piscicole, les mamifères marins sont trop peu présents.
Nous avons pu observer le phoque veau-marin  (Phoca vitulina) à trois reprises uniquement, un groupe d’une quinzaine d’animaux, puis un individu isolé et farouche par deux fois. Le phoque à été longtemps chassé en Norvège et le reste encore sous conditions, d’où le faible nombre d’animaux.

Groupe de Phoques veau-marin au reposoir

Noter les narines accolées du veau-marin, chez le phoque gris elles sont espacées.

Phoque veau-marin

Un groupe de trois marsouins a eu la bonne idée de marsouiner davant nos kayaks à la sortie du fjord de Kristiansand.

Le vison d’amérique (Neovison vison), introduit aussi ici comme dans toute l’Europe du nord-ouest, est largement présent et se laisse fréquemment observer.

Enfin, comment ne pas citer l’Elan (Alces alces), l’un des plus gros mammifères terrestres d’Europe !
Bon, l’eau salée c’est pas trop son truc, alors le seul qu’on a pu observer, c’est celui des bords de route… 😉

Corse Ouest (5) : le Balbuzard pêcheur

Texte : Arzhela et Laurent Malthieux ; Photos : Laurent Malthieux

Le Balbuzard pêcheur, c’est l’emblème de la Réserve naturelle de Scandola.
Aujourd’hui, 38 couples nichent sur la côte occidentale, du Cap Corse aux îles Sanguinaires, alors que seulement 4 couples subsistaient en 1974 !

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_2Le Balbuzard pêcheur s’installe en lieu sûr

Un nid monumental

Le Balbuzard pêcheur installe son nid sur une place inaccessible, une falaise ou un piton rocheux en Corse, alors que sur le continent il s’installe sur des arbres.

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_1L’aire est perchée sur un piton rocheux en Corse

L’aire est constituée de branches mortes, apportées par le mâle principalement pendant toute la nidification. Le nid a le plus souvent un diamètre de 1 à 1,5 m , rechargé chaque année, l’édifice peut atteindre 2 m, de diamètre et de hauteur, voire plus !

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_7Le nid « cathédrale » du Balbuzard

La même aire est utilisée année après année, au retour de migration. Ces oiseaux sont encore plus fidèles à leur nid qu’à leur partenaire !

De caractère grégaire, le Balbuzard pêcheur vit en colonie lâche, et il règne une compétition entre les couples pour les emplacements des aires. Du fait de la saturation des sites de nidification dans la Réserve de Scandola, des aires artificielles sont aménagées en dehors pour favoriser l’installation de nouveaux couples.

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_9Aire artificielle posée par le PNRC (Parc naturel régional de Corse), boudée par le balbu.

Un rapace pêcheur

Le Balbuzard pêcheur s’installe à proximité de sites poissonneux. Il place son aire dans une anse, parce que c’est un coin protégé où il peut pêcher.

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_5Survol pour repérer les proies

En effet, il guette ses proies dans les anses calmes, soit en survolant l’eau, soit en se tenant immobile sur ses perchoirs de chasse. Quand il a repéré une proie, il fond sur elle et la saisit dans l’eau avec les serres.

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_4Guet sur un perchoir de chasse

Le balbu et le kayak

Le Balbuzard pêcheur pond 2 à 3 oeufs, entre mi-avril et début mai, l’envol des jeunes se fait en juillet-août. Alors que la femelle est au nid, le mâle pêche pour l’alimenter.

En longeant les côtes en rase caillou, on le surprend parfois en kayak, alors qu’il est posté sur ses perchoirs de chasse, et on le fait décoller.

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_6Approche « rase-caillou » en kayak, une aire droit devant !

Dans les sites très fréquentés comme la Réserve de Scandola, le Balbuzard pêcheur est habitué au dérangement, en effet son nid spectaculaire est une curiosité très visitée par les bateaux à moteur. Par contre en dehors de la Réserve, l’espèce est plus sensible et le kayakiste peut provoquer l’envol de la femelle alors qu’elle couve.

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_8La couvaison est une période critique

La période la plus critique est de fin avril à mi-juin. En cas de dérangement involontaire, la conduite à tenir est de s’éloigner de l’aire aussitôt.

Mercipourlekayak_Corse_L-Malthieux_3Le Balbuzard pêcheur chasse !

En savoir plus :