Archives de catégorie : Ecosse

Retour d’Écosse (8) : la navigation

Les cartes

Pour savoir comment acquérir des cartes, des atlas de courant, et trouver les horaires de marée, se reporter aux articles publiés avant notre départ :

Destination Scotland (2) : la navigation

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A l’ouest de Iona

Concernant les indications de courants de marée dans les livres et cartes anglaises, ce n’est pas facile de s’y retrouver tant qu’on n’a pas compris le système. Il faut bien considérer ces indications comme étant relatives à des directions de courant, il ne faut pas penser en terme de flot ou jusant.

Les courants sont notés par des flèches avec leur direction et leur intensité en nœuds. Le signe + signifiant après la haute mer du port de référence, et le – avant la haute mer. La référence est toujours la haute mer.

Par exemple une flèche SE avec une indication de « +00:15 Oban. 2,5 kn Sp » signifie que le courant commencera à porter dans la direction de la flèche 15 minutes après la haute mer d’Oban. Sp pour spring c’est à dire grandes marées.

La météo

Là encore, des informations ont été publiées en mai sur ce blog :

Destination Scotland (3) : la sécurité

Au retour, on peut dire que les réceptions VHF et SMS ne sont pas toujours possibles, en particulier le long des hautes côtes escarpées de Mull. Disposer des deux est une bonne sécurité.

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île de Mull

La météo à la VHF est facile à comprendre si l’on maîtrise un peu l’anglais, par contre elle ne donne les prévisions que pour les prochaines 24 heures.

Un seul accu chargé à fond pour la VHF, comme le téléphone portable (mobile de base), a largement tenu les 12 jours.

Retour d’Écosse (7) : le bivouac

La vie au bivouac est liée à une combinaison d’articles indispensables, nécessaires, et logeables dans le kayak. Selon la destination, et la saison, il faut savoir adapter son matériel.

On vous donne nos conseils, adaptés à notre façon d’être à terre, et au confort qui nous convient, à chacun de faire ses choix…

Le bivouac, un droit

La loi écossaise autorise à bivouaquer où bon nous semble, à condition de faire preuve de bon sens afin de n’occasionner aucune gêne ou désagrément à quiconque, homme ou bête. Il est autorisé de rester jusqu’à 3 nuits au même endroit.

Pour en savoir plus : The Scottish Outdoor Access Code

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Lunga, îles Treshnish

L’accès aux grèves

L’accès aux grèves est assez compliqué d’une façon générale, il y a peu de débarquements chariotables en toutes conditions de marée.

Malgré le faible marnage (environ 3 mètres), beaucoup de grèves de galets ou de sable sont coupées du plan d’eau à marée basse par une large bande de blocs et rochers. Il est conseillé d’être vigilant à l’arrivée pour savoir où on met les pieds, et de tenter de privilégier des départs proches de la haute mer.

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Staffa, grève accessible à marée haute

L’alimentation

Dans les îles, et particulièrement celles du large, il y a très peu de possibilités de ravitaillement, et encore moins à proximité immédiate des rivages.

Sur notre parcours, nous n’avons pu nous réapprovisionner qu’à Bunessan, à l’épicerie locale. A noter que nous y avons trouvé de bons fromages de l’île de Mull, présents aussi au petit point de vente de produits locaux de Loch Buie.

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Inch Kenneth

L’eau

Elle est rare sur les petites îles comme les Treshnish. Pour cet archipel il faut prévoir une quantité suffisante, même si au printemps il peut être possible de récupérer un peu d’eau suintant des rochers sur Lunga.

Sur Mull, les cours d’eau sont nombreux. Par contre les accès ne sont pas toujours aisés, il ne faut donc pas hésiter à s’arrêter dès qu’une possibilité de débarquer au pied d’une cascade se présente. L’eau se boit sans aucun problème sanitaire et a bon goût malgré sa teinte brune typique des sols tourbeux.

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Cascade à Gribun, île de Mull

Les réchauds

En plus de notre Trangia, nous avions un petit réchaud à bois Kuenzi. Celui-ci est hyper efficace, d’autant qu’il y a du bois flotté à brûler partout sur les grèves. La nouvelle version du Kuenzi permet même d’y intégrer le brûleur Trangia, ce qui permet de se passer du pare-feu d’origine de ce dernier pour un allégement maximum.

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Réchaud à bois, Ross of Mull

Les midges

Ils sont surtout actifs les jours de pluie sans vent, en début de soirée. Ils adorent se réfugier sous l’auvent de la tente, bien à l’abri de l’air. C’était leur début de saison lors de notre randonnée fin mai début juin, ils n’étaient encore pas trop insupportables. Ils est indispensable de s’équiper d’une moustiquaire de tête adaptée (à tout petits trous) et de répulsif (en vente au magasin de kayak : Sea Kayak Oban).

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Plage au sud de l’île de Gometra

L’hygiène

L’accès à l’eau douce a été rare lors de nos bivouacs, seulement 2 fois sur 10. L’eau de mer reste donc le moyen le plus fréquent pour se laver avec un savon qui mousse spécialement dans l’eau salée.

Il ne fait pas chaud pour se baigner ? Ce n’est pas un problème avec une cuvette pliable et des éponges, vous pouvez ainsi vous laver à l’abri, du vent ou des regards, sans vous immerger, et dans ce cas la température n’est pas un problème. Ainsi il est inutile d’emporter des lingettes et c’est bien plus agréable comme ressenti !

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Plage au nord de Iona

L’humidité des sols

Pour se prémunir de l’humidité omniprésente dans les sols, ces articles sont indispensables :

  • une bâche bien épaisse et imperméable à glisser sous la tente pour assurer l’isolation avec le sol. Nous ajoutons, sur cette bâche, une couverture de survie pour l’isolation thermique.
  • un pantalon étanche, de kayak ou de type ciré. Même s’il ne pleut pas, ce pantalon est idéal au bivouac pour s’assoir ou poser un genou à terre
  • une paire de bottes. C’est l’unique paire de chaussures à emmener pour être à terre ! Les sols sont constamment humides et les chaussures de rando, même en gore tex, n’y résistent pas.

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Port bheathain, Ross od Mull

En complément les articles suivants relèvent du confort ou de l’indispensable, c’est à vous de voir, nous on les a jugés indispensables :

  • un tarp : nous l’avons utilisé presque tous les jours. Indispensable, pour les repas quand il pleut, ou ne serait-ce que pour y stocker les affaires durant la nuit et pour les journées où on reste au même endroit. Laurent utilise ce montage pour abri : simple et efficace, il a amélioré le système en attachant l’avant du tarp en hauteur sur une branche ou sur des pagaies croisées, il reste juste à retendre les deux coins à l’avant et cela permet un bon gain de place en hauteur par rapport au montage original.
  • une cape de pluie : pour enfiler sur la tenue de kayak à terre, lors des pauses en journée
  • un parapluie : très pratique et facile à loger sur le pont, il permet de manger au sec, le midi par exemple, ou de protéger des affaires.

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Gylen castle, île de Kerrera

La température

Même s’il fait beau, les soirées sont fraiches et les sols restent humides. Dès que le soleil n’est plus là, la température chute. L’équipement doit être adapté pour l’humidité, la pluie, le vent et le froid.

Conclusion

Trouver des emplacements de bivouac est plutôt facile. Les ressources, comme la pêche et le bois sont à portée de main. Les conditions les plus belles sont en principe en mai/juin.

Le bivouac en Écosse est partout autorisé, quelle belle liberté, pourquoi s’en priver ?

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Highland cattle, plage au sud de l’île de Gometra

Retour d’Écosse (6) : la loutre d’Europe

Texte et photos : Laurent Malthieux

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Curiosité…

Loutres

Tout d’abord, levons un malentendu fréquent : la loutre qui fréquente de manière désinvolte, en plein jour, les rivages sauvages de l’Écosse, est bien la même que celle dont on ne décèle la présence, sous nos latitudes, que par les épreintes (crottes) ou traces qu’elle daigne laisser de ci de là ! Il s’agit de la loutre d’Europe (Lutra lutra).

La loutre de mer proprement dite (Enhydra lutris), fréquente les eaux de l’océan Pacifique, entre le Japon et la Californie, en passant par le détroit de Béring. C’est la si photogénique bestiole qui casse crabes et ormeaux sur son ventre, à l’aide d’un caillou, en faisant la planche et souriant au photographe !
Il existe aussi une loutre marine (Lontra felina) qui fréquente les eaux côtières du Pérou et du Chili.

Repérage

Cela dit, il est vrai que la loutre en Écosse ou en Irlande fréquente de manière assidue le milieu marin, côtier principalement. Elle y mène alors, non pas une existence nocturne, mais s’aligne sur le rythme des marées.

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Tête de loutre émergeant entre deux plongées

Active principalement à marée descendante, elle marque un pic d’activité à la mi-marée, lorsque la chasse est la plus facile. Les trous et failles présentes sur les côtes rocheuses lui permettent d’y débusquer les proies piégées lors du retrait de la mer.

Nos observations ont souvent débuté par la vision fugitive d’une petite tête à la surface de l’eau, aussitôt suivie d’une plongée.

En plongeant, la queue de la loutre émerge complètement de l’eau, ce qui est un critère sûr d’identification. La plongée peut durer plusieurs minutes, puis l’animal réapparaît.

En surface, lors d’un déplacement, la tête ressort, puis le dos suivi par la queue. Là encore ces trois « sections » de l’animal émergeant sont caractéristiques.

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Loutre en surface, une des pistes possibles de l’origine de la légende du monstre du Loch Ness

Observation

La loutre va ressurgir sur un rocher au bord de l’eau pour consommer sa proie. Si la chasse est infructueuse elle replonge, se déplaçant en suivant la côte, toujours dans la même direction.

La clé pour réussir alors à l’observer est de bien la rechercher après chaque plongée, et de se laisser dériver (si possible) silencieusement à quelque distance. Certaines plongées sont assez longues et l’animal peut ressortir à plus de 50 mètres du lieu de la plongée.

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Consommation d’une motelle

C’est ainsi que nous avons pu observer la loutre des Garvellachs à quelques mètres, durant plus d’une heure. Finalement c’est nous qui avons fait le choix de nous retirer, laissant la bête poursuivre sa chasse le long du rivage.

Milieu

Les îlots que l’on trouve fréquemment le long des côtes rocheuses découpées lui apportent la sécurité nécessaire à la mise bas dans sa catiche, ainsi que des zones de repos diurnes tout à fait tranquilles. Elle y trouve aussi une abondance de proies et une tranquillité quasi absolue, conditions nécessaires à son maintien sur un secteur.

La présence d’eau douce lui est indispensable afin de pouvoir y ressuyer sa fourrure. Seule une toilette minutieuse à l’eau douce lui permet de conserver son pouvoir isolant et hydrofuge.

Reproduction

C’est aussi souvent à proximité immédiate de l’eau douce que la femelle mettra au monde ses 2 ou 3 loutrons, dans une catiche bien dissimulée. En Écosse, les naissances ont lieu principalement en été afin de coïncider avec le pic d’abondance en poissons marins.

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Sortie d’eau sans proie

Le mâle, qui mesure aux alentours d’1,20m (queue comprise), fréquente un territoire de 20 kms de côte qu’il partage avec deux femelles (dont la taille avoisine le mètre).
Le marquage des limites du territoire, ainsi que des gites diurnes, est assuré par le dépôt des épreintes, en général sur une éminence, un rocher ou une touffe d’herbe.

Alimentation

Les épreintes contiennent les restes de proies non digérés : os et écailles de poisson, morceaux de carapaces de crustacés, poils, plumes ou os de petits mammifères. Les secteurs très fréquentés sont ainsi faciles à détecter.

Nous avons occasionnellement trouvé des épreintes au bord des petits cours d’eau douce se jetant en mer. En revanche, l’indice de présence le plus fréquent est la présence de crustacés (crabes en particulier, mais aussi homards) démembrés, déposés à différentes hauteurs sur les rochers en bord de mer.

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Une étrille au menu

En Écosse, ses poissons favoris sont : Loquette d’europe ou Blennie vivipare (Zoarces viviparus) ainsi que Motelle à trois barbillons (Gaidropsarus vulgaris ; espèce de poisson marin appartenant à la famille des lotidés).

En savoir plus

Web :

Bibliographie :

  • John Clare. Mull otters, fact & folklore. 2013.
  • Bouchardy, C. 1986. La loutre. Ed. Sang de la Terre, Paris, 174 p.
  • Bouchardy, C. 2001. La loutre, histoire d’une sauvegarde. Catiche Prod., 32 p
  • Rosoux, R. et J. Green. 2004. La loutre. Ed. Belin, Eveil-Nature, 96 p.
  • Lafontaine, L. 2005. Mémoires de chien d’eau. in : Loutre et autres mammifères aquatiques de Bretagne. Collection Les Cahiers Naturalistes de Bretagne. Groupe Mammalogique Breton, Éditions Biotope.
  • Stephane Raimond. A l’affut des Loutres, 120 p, 98 photos. Éditions Biotope.