Un été kayak en Bretagne : les goémoniers

Si vous randonnez l’été sur les côtes nord finistériennes, vous rencontrerez inévitablement les goémoniers. Comme nous, ils évoluent en côtier, au plus près des récifs.

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Goémonier à Molène – août 2013

Leur activité encore aujourd’hui, ainsi que l’omniprésence de ruines de cabanes sur les îles de l’archipel de Molène, occupées par ceux qu’on appelait les « Pigouillers », m’ont donné envie d’en savoir plus sur leur histoire.

 » Aller aux îles ! « 

Depuis 1870 une migration saisonnière avait lieu, de mai à octobre, sur l’archipel de Molène et Ouessant. Les familles de goémoniers qui prenaient leurs quartiers d’été sur les îles venaient principalement des communes de Plouguerneau, Landeda et St-Pabu (29).

Ces gens du Léon étaient des pêcheurs de goémons. Ils convoitaient précisément la laminaire, qu’ils appellent tali.

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Goémonier Jean Can I à l’île de Quéménès – août 2013

La finalité de cette récolte était la production industrielle d’iode, dont l’usage était principalement thérapeutique. La teinture d’iode est un antiseptique efficace qui a largement été utilisé par les armées.

A cette époque ce sont 150 bateaux qui investissent les îles de l’archipel. Leur capitale est l’île de Quéménès : une quarantaine d’équipages s’y installent en été, et une vingtaine d’autres sur son Lédénez (presqu’île reliée à Quéménès par un cordon de galets émergé à marée basse).

La communauté insulaire et les goémoniers cohabitent : ceux venus du continent récoltent le goémon, tandis que les molénais pêchent.

Un binôme bateau-cheval

A partir de la mi-marée descendante les bateaux viennent se poster sur les récifs qui émergent. Le pied de la laminaire est coupé avec la faux appelée « pigouille ».

Une fois l’équipage revenu sur son île, le goémon est déchargé sur une charrette tirée par un cheval. Les chevaux sont amenés par les goémoniers sur leurs bateaux et ils repartent ensemble à la fin de la saison.

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Brume à la pointe ouest de l’île de Batz – juillet 2013 – (photo J.Conan)

Diverses manipulations sont ensuite nécessaires pour sécher correctement le goémon : l’étaler, le retourner, le remettre en tas, le ré-étaler… Tous les bras sont bons à prendre et c’est souvent en famille que ces opérations sont réalisées. La qualité de la récolte dépendra du soin qui est mis à sécher et brûler le goémon.

Fumée sur les îles

Le jour après la St-Jean, fin juin, les premiers brûlages ont lieu. Chaque bateau a son four à soude, c’est ainsi que l’archipel se couvre d’une épaisse fumée crémeuse et jaunâtre. Pendant 8 jours, chaque île n’est que fumée.

Le goémon doit brûler sans flamme pour être riche en iode, la bouillie épaisse vire à une couleur gris noirâtre. Une fois refroidie et durcie, elle est découpée en pains de soude qui sont stockés à l’abri de l’humidité sous de vieilles voiles.

Enfin, pour percevoir leur gain, il fallait encore que ces cueilleurs d’algues aillent livrer leur pains de soude aux usines qui allaient en extraire l’iode, comme celle du Conquet ouverte en 1929.

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Le scoubidou est remonté avec ses prises – juillet 2013 – (photo J.Conan)

Ces hommes savaient naviguer, dans leurs bateaux noirs chargés à ras bord, pour sillonner dans les courants de ces îles. Les naufrages étaient cependant nombreux dans cette zone de navigation difficile.

Les goémoniers aujourd’hui

Aujourd’hui on les voit seuls sur leur bateau extraire des laminaires à l’aide du scoubidou. Puis rentrer le jour même décharger leur récolte, au port de Lanildut. Les algues sont principalement utilisées dans l’agroalimentaire pour leurs propriétés gélifiantes et épaississantes.

Ils sortent en petite bande, on les voit rarement seuls sur un site, peut-être par sécurité en raison de leur lourd chargement. Quand ils sont sur l’eau c’est un signe qui confirme que la météo a annoncé du temps calme.

L’Archange dans l’Archipel – août 2013

Alors que je naviguais à proximité cet été, le salut chaleureux de l’un de ces travailleurs de la mer m’a touchée.

Pour 2014 je nous souhaite de belles rencontres, animales dans des coins sauvages, mais aussi avec des gens de mer… car rien n’est plus fort que la rencontre humaine.

En savoir plus :

Goemoniers des iles - Y. Bramoulle

Goémoniers des îles, histoires et naufrages
Y. Bramoullé, Ed. Le Télégramme.

Cinematheque de Bretagne

Escale cinématographique à Molène :
de passionnantes rencontres et archives
autour de la pêche (2 pages)

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