Ecosse Ouest (6) : la loutre d’Europe

Texte et photos : Laurent Malthieux

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Curiosité…

Loutres

Tout d’abord, levons un malentendu fréquent : la loutre qui fréquente de manière désinvolte, en plein jour, les rivages sauvages de l’Écosse, est bien la même que celle dont on ne décèle la présence, sous nos latitudes, que par les épreintes (crottes) ou traces qu’elle daigne laisser de ci de là ! Il s’agit de la loutre d’Europe (Lutra lutra).

La loutre de mer proprement dite (Enhydra lutris), fréquente les eaux de l’océan Pacifique, entre le Japon et la Californie, en passant par le détroit de Béring. C’est la si photogénique bestiole qui casse crabes et ormeaux sur son ventre, à l’aide d’un caillou, en faisant la planche et souriant au photographe !
Il existe aussi une loutre marine (Lontra felina) qui fréquente les eaux côtières du Pérou et du Chili.

Repérage

Cela dit, il est vrai que la loutre en Écosse ou en Irlande fréquente de manière assidue le milieu marin, côtier principalement. Elle y mène alors, non pas une existence nocturne, mais s’aligne sur le rythme des marées.

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Tête de loutre émergeant entre deux plongées

Active principalement à marée descendante, elle marque un pic d’activité à la mi-marée, lorsque la chasse est la plus facile. Les trous et failles présentes sur les côtes rocheuses lui permettent d’y débusquer les proies piégées lors du retrait de la mer.

Nos observations ont souvent débuté par la vision fugitive d’une petite tête à la surface de l’eau, aussitôt suivie d’une plongée.

En plongeant, la queue de la loutre émerge complètement de l’eau, ce qui est un critère sûr d’identification. La plongée peut durer plusieurs minutes, puis l’animal réapparaît.

En surface, lors d’un déplacement, la tête ressort, puis le dos suivi par la queue. Là encore ces trois « sections » de l’animal émergeant sont caractéristiques.

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Loutre en surface, une des pistes possibles de l’origine de la légende du monstre du Loch Ness

Observation

La loutre va ressurgir sur un rocher au bord de l’eau pour consommer sa proie. Si la chasse est infructueuse elle replonge, se déplaçant en suivant la côte, toujours dans la même direction.

La clé pour réussir alors à l’observer est de bien la rechercher après chaque plongée, et de se laisser dériver (si possible) silencieusement à quelque distance. Certaines plongées sont assez longues et l’animal peut ressortir à plus de 50 mètres du lieu de la plongée.

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Consommation d’une motelle

C’est ainsi que nous avons pu observer la loutre des Garvellachs à quelques mètres, durant plus d’une heure. Finalement c’est nous qui avons fait le choix de nous retirer, laissant la bête poursuivre sa chasse le long du rivage.

Milieu

Les îlots que l’on trouve fréquemment le long des côtes rocheuses découpées lui apportent la sécurité nécessaire à la mise bas dans sa catiche, ainsi que des zones de repos diurnes tout à fait tranquilles. Elle y trouve aussi une abondance de proies et une tranquillité quasi absolue, conditions nécessaires à son maintien sur un secteur.

La présence d’eau douce lui est indispensable afin de pouvoir y ressuyer sa fourrure. Seule une toilette minutieuse à l’eau douce lui permet de conserver son pouvoir isolant et hydrofuge.

Reproduction

C’est aussi souvent à proximité immédiate de l’eau douce que la femelle mettra au monde ses 2 ou 3 loutrons, dans une catiche bien dissimulée. En Écosse, les naissances ont lieu principalement en été afin de coïncider avec le pic d’abondance en poissons marins.

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Sortie d’eau sans proie

Le mâle, qui mesure aux alentours d’1,20m (queue comprise), fréquente un territoire de 20 kms de côte qu’il partage avec deux femelles (dont la taille avoisine le mètre).
Le marquage des limites du territoire, ainsi que des gites diurnes, est assuré par le dépôt des épreintes, en général sur une éminence, un rocher ou une touffe d’herbe.

Alimentation

Les épreintes contiennent les restes de proies non digérés : os et écailles de poisson, morceaux de carapaces de crustacés, poils, plumes ou os de petits mammifères. Les secteurs très fréquentés sont ainsi faciles à détecter.

Nous avons occasionnellement trouvé des épreintes au bord des petits cours d’eau douce se jetant en mer. En revanche, l’indice de présence le plus fréquent est la présence de crustacés (crabes en particulier, mais aussi homards) démembrés, déposés à différentes hauteurs sur les rochers en bord de mer.

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Une étrille au menu

En Écosse, ses poissons favoris sont : Loquette d’europe ou Blennie vivipare (Zoarces viviparus) ainsi que Motelle à trois barbillons (Gaidropsarus vulgaris ; espèce de poisson marin appartenant à la famille des lotidés).

En savoir plus

Web :

Bibliographie :

  • John Clare. Mull otters, fact & folklore. 2013.
  • Bouchardy, C. 1986. La loutre. Ed. Sang de la Terre, Paris, 174 p.
  • Bouchardy, C. 2001. La loutre, histoire d’une sauvegarde. Catiche Prod., 32 p
  • Rosoux, R. et J. Green. 2004. La loutre. Ed. Belin, Eveil-Nature, 96 p.
  • Lafontaine, L. 2005. Mémoires de chien d’eau. in : Loutre et autres mammifères aquatiques de Bretagne. Collection Les Cahiers Naturalistes de Bretagne. Groupe Mammalogique Breton, Éditions Biotope.
  • Stephane Raimond. A l’affut des Loutres, 120 p, 98 photos. Éditions Biotope.

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