Retour du Groenland Est : chez Otto et Dora

Je vous ai raconté en novembre comment j’ai rencontré ce charmant couple groenlandais dans le village de Tiniteqilaaq. Ce petit village de 130 habitants est perché au dessus d’un fjord rempli d’icebergs l’été, à 1 à 2 heures en bateau de la ville principale, Tasiilaq (3000 habitants).

Je vous avais promis un dîner chez Otta et Dora, nous y voilà.

Quand Dora a fini de préparer les peaux des phoques, je l’accompagne chez elle, où Otto est rentré préparer notre venue.
Quelques marches en bois d’un perron sommaire nous conduisent à l’entrée de la maison.

Là, sèchent des pièces de phoques sur des barres de bois, seulement protégées par une fine bâche.

Chez Otto et Dora - perron
A l’entrée de la maison de Otto et Dora

C’est ce que nous allons manger. J’espère que ça n’est pas avarié ou faisandé ces trucs noirâtres. Je crains pour mes intestins habitués à « l’hygiène occidentale ». No stress, je décide de leur faire confiance.

L’entrée de la maison sert à entreposer les vestes, bottes et chaussures. Les vêtements chauds sont nombreux et pour la plupart entachés de sang, les bottes aussi. Drôle d’impression en entrant, on est vraiment chez des pêcheurs chasseurs ici.

Au rez-de-chaussée la pièce principale comprend la cuisine, un coin salle de bain, et un salon. On se met aussitôt à table, le mobilier est très simple et semble être du bricolage maison. Sur le feu, une marmite qui contient le plat unique : le ragoût de phoque !

Après avoir échangé quelques mots, et écrit nos prénoms, Dora sert dans chacune de nos assiettes 2 morceaux de phoque, et dans un petit bol du jus au fond duquel il y a aussi a du riz éclaté.

Chez Otto et Dora - ragoût de phoque
Le ragoût de phoque dans la marmite

Ils me proposent une fourchette. Eux n’utilisent qu’un couteau et leurs doigts. Je fais comme eux, la fourchette ne me semble vraiment pas utile ici. On mange tout, viande et gras et on rogne les os. Ça me plaît, la viande est rouge sombre, voire brune et a un peu le goût de gibier, pas du tout le goût de poisson comme je l’ai entendu dire, ça dépend peut-être des espèces. On prend quelques cuillères de soupe, et on continue à manger cette viande, seule, sans légumes.

Voilà, ce sera le repas, pas d’entrée, ni de dessert, ni d’accompagnement, que de la viande de phoque.

Ensuite on me propose un thé ou un café, il y a plusieurs thermos de boissons chaudes à la cuisine, ça doit servir en permanence.

Et puis on passe un peu de temps au salon. La télé est allumée sur un match de foot local, les Groenlandais en sont fanas. Dora s’allonge dans le canapé et repose son dos qui a été plié en deux sur les phoques et leurs peaux, tout l’après-midi.

Il y a aussi une chaîne hifi et des CD. Un SMS qui tombe sur le portable, et encore un appareil photo numérique sur la table du salon. Mais tout ce matériel est ancien et sommaire, pas du tout dernier cri, leur vie est très modeste. Il y a certes le portable, internet pas loin dans le village, mais pas l’eau courante dans la maison ! A table, c’est dans une grande bassine remplie d’eau, posée sur le sol de la cuisine, que nous avons rempli nos verres.

Le mobilier est simple et bien sûr au milieu de la pièce trône un poêle qui doit servir de nombreux mois.
Sur les murs les représentations du Christ sont très présentes. A l’étage se trouve leur chambre.

Otto sort diverses photos de sa famille, ses ancêtres, ses enfants qui habitent Tasiilaq. En dehors du groenlandais, ils ne parlent que le danois. Nous échangeons grâce à mon petit lexique, par des gestes ou par petits dessins, ou encore en écrivant des mots, des chiffres… comme nos âges. Otto a 59 ans et Dora 57 ans.

Tout ce moment passé à côté de Otto est bien agréable, fait de simplicité et de chaleur humaine. Nous échangeons des sourires malicieux et des regards complices. Je goûte exactement ce qu’ils sont : des gens simples, chaleureux, et pas du tout stressés.

Ils sont probablement les derniers descendants de « La civilisation du phoque ». Ils font ce qu’ils ont toujours fait : chasser et pêcher. D’ailleurs que feraient-ils d’autre ? c’est leur vie, et aujourd’hui rien d’autre n’a été développé dans ces villages.

Comment peut-on mépriser ces mangeurs de baleines et chasseurs de phoques, de quel droit ? Nous qui avons un mode de vie tellement plus impactant sur l’environnement que le leur, nous qui avons les moyens de prendre des avions pour débarquer au Groenland, nous qui faisons probablement fondre leur Pôle ?

Ces moments passés avec Otto et Dora sont ce qui me reste de plus précieux de mon voyage au Groenland. Au delà des paysages magnifiques, des rencontres animales aussi émouvantes soient-elles, rien n’est plus fort que la rencontre humaine, quand on se sent finalement si proches.

Après le diner ils sont ressortis pour visiter leurs voisins, on s’est quittés et pour les remercier, j’ai offert à Otto mon Opinel, pas de meilleur cadeau pour un pêcheur chasseur !

Il est heureux et moi aussi.

Chez Otto et Dora
Otto et Dora

Aujourd’hui encore je pense souvent à Otto et Dora qui m’ont si simplement ouvert leur porte. Ils ont retrouvé leur environnement de neige et de glace dès septembre, ainsi que les attelages de chiens à la place des bateaux. Otto m’a dit qu’avec son traineau il met 5 heures pour rallier Tasiilaq et 2 heures avec son bateau.

La nuit est maintenant intégrale et c’est sûrement avec foi qu’ils s’apprêtent à fêter Noël.

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